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Une exposition consacrée au scénographe
André Acquart met en lumière le parcours unique d'un créateur dont la vie se confond avec l'histoire
du théâtre de ces cinquante dernières années.
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"Je crée un dispositif qui
tend à être surtout une machine à jouer,
à partir d'une sculpture de l'espace scénique
que j'essaie d'abord de faire vivre." Scénographe
pour le théâtre et pour l'opéra,
André Acquart, né en 1922, a marqué
de son empreinte la création scénique, à
travers les quelque trois cent cinquante réalisations
d'une carrière exceptionnellement riche, qui se poursuit
encore aujourd'hui.
De Jean-Marie Serreau à
Georges Werler, André
Acquart a travaillé avec des metteurs en scène
très divers, et pour des auteurs qui vont de Molière
ou Corneille aux dramaturges
les plus contemporains, Slawomir Mrozek
ou Gilles Segal.
L'exposition, présentée à partir
de fonds du département des Arts du spectacle, est l'occasion
de découvrir une étape essentielle de l'histoire
du travail théâtral, en suivant un parcours de
quelque soixante-dix des créations du scénographe.
Des dessins, des maquettes en volume et des accessoires de scène
montrent le caractère novateur mais aussi la beauté
plastique de ces créations.
Un architecte de l'espace scénique


André Acquart
modelant le masque de Madeleine
Renaud pour Les
Paravents, de Jean
Genet. |
Dès ses premières réalisations, André
Acquart affirme la fonction essentielle du décor, au
même titre que le texte, la mise en scène et le
jeu des comédiens. Il en transforme l'esthétique,
rompant avec la tradition pictorialiste des "décorateurs
de chevalet" et avec le cadre rigide du théâtre
à l'italienne. Il élargit l'espace scénique
pour agrandir le parcours du comédien au-delà
des limites du plateau, apprivoise le vide et l'organise. Ce
plasticien de formation appréhende la scène en
architecte et travaille l'espace dans une relation d'interprétation
et d'approfondissement de l'œuvre, centrée sur "cet
élément magique : l'acteur."
Ses créations s'organisent autour d'éléments
partant du sol, qui construisent un espace aéré,
régi par le souci de la circulation de l'acteur. Sa passion
pour la matière le conduit à utiliser des matériaux
bruts, le bois, l'acier, la toile, le cuivre, créant
une dynamique entre dépouillement et puissance pour mieux
révéler l'énergie et les tensions à
l'œuvre dans la représentation théâtrale.
Mais il puise aussi ses sources d'inspiration dans la peinture
ou dans des documents portant sur l'époque de la pièce:
images, estampes propres à faire sentir un climat, une
atmosphère,
qu'il traduit ensuite visuellement.
C'est en 1952 à Alger, après des études
aux Beaux-Arts, qu'André Acquart réalise ses premiers
travaux de décoration pour le théâtre, dans
une mise en scène du Bal des
voleurs de Jean Anouilh
monté par Georges Sallet
– qui deviendra à partir des années 1960
le critique Gilles Sandier. À
cette première aventure qui l'enthousiasme et détermine
sa vocation pour le théâtre, il associe sa jeune
femme, Barbara, épousée en 1945, qui restera sa
costumière tout au long de sa carrière. Il donne
libre cours à une sensibilité proche de l'abstraction,
forgée dans l'imprégnation visuelle des paysages
du sud algérien, des œuvres du Bauhaus
ou de peintres comme Paul Klee
ou Fernand Léger. Installé
à Paris quelques années plus tard, il rencontre
Jean-Marie Serreau, qui met en
scène la première pièce d'un auteur algérien,
Kateb Yacine, pour laquelle il recherche un décorateur
ayant une connaissance de ce pays.
Une collaboration s'amorce et se poursuit ; le scénographe
aborde en 1960 l'univers de Marguerite
Duras avec
Un barrage contre le Pacifique, puis
Biedermann et les incendiaires de Max
Frisch.
Son parcours se construit au fil de collaborations avec de multiples
metteurs en scène, Roger Blin,
Jean Vilar,
Jean-Louis Barrault, Roger
Planchon, Jean-Pierre Miquel…
Il travaille pour un large répertoire, classique et contemporain,
en France comme à l'étranger, pour des auteurs
ancrés dans leur temps comme Jean
Genet
(Les Nègres, Les
Paravents), s'adapte à la Comédie-Française
comme aux vastes plateaux du Théâtre national populaire.
Il crée, en 1965, la scénographie des Séquestrés
d'Altona de Jean-Paul Sartre
mis en scène par François
Périer, puis en 1968, Le
Diable et le Bon Dieu dans une mise en scène de
Robert Wilson au TNP de Chaillot,
créant une scénographie épurée échappant
totalement aux notes descriptives de l'auteur.
Acquart a également travaillé pour des spectacles
d'opéra, avec Louis Erlo
et Hubert Gignoux… Au début
des années 1980, il amorce un compagnonnage fécond
avec Laurent Terzieff. Leur dernière
création, Mon lit en zinc,
de David Hare, était encore
jouée en mai 2006 au Studio des Champs-Élysées.
Noëlle Guibert*, commissaire
de l'exposition, remarque : "André
Acquart est resté tout au long de sa carrière
un artiste d'une grande liberté ; il a travaillé
avec des partenaires très divers, en grand professionnel
capable de s'adapter et de se renouveler, tout en demeurant
d'une absolue modernité."

*Noëlle
Guibert est conservateur général,
directrice du département des Arts du spectacle.
André Acquart, architecte de
l'éphémère
26 septembre – 19 novembre 2006
Site Richelieu – Crypte
Commissaires : Noëlle Guibert,
directeur du dép. des Arts du spectacle et Cécile
Coutin, conservateur.
En partenariat avec Paris Première.
Catalogue : Jean Chollet, André
Acquart, architecte de l'éphémère,
préface de Laurent Terzieff,
Éditions Actes Sud, 40 €. |
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